samedi 23 juillet 2016

Abistan en vue ?

 Il y a 10 jours l'attentat de Nice , il y a 8 mois celui de Paris au Bataclan  , entre temps  des fanatiques ont  cherché à terroriser  les populations  de divers pays   du Mali  aux USA  en passant par la Belgique  et le Moyen Orient  , la Turquie  au printemps   et Kaboul   aujourd'hui . Juste après le 14 juillet  ,donc  juste après l'attentat de Nice  ,  un coup d'état décapité a eu  lieu en Turquie  et de cela la presse - pour ce que j'en vois -  ne fait pas écho avec la même ampleur que pour  ce qui s'est passé en France 24h avant . Il y a du battage pour recueillir les animaux domestiques des  morts ou des blessés , autour de la tentative de suicide du faux ex-avocat  du terroriste (immédiatement déclaré en tant que tel avant même qu'il y ait des indices  de sa connexion avec daech alias isi alias état islamique  ce qui a donné  l'occasion de faire beaucoup de bruit autour de sa personne ) , de celui qui a voulu  vendre des objets récupérés  sur la  Promenade des anglais ( je n'ai lu que les titres)  .... un  battage  qui enterre médiatiquement  cette tentative de putsch due à une fraction de l'armée turque , armée garante du respect la constitution  écrite  sous Mustapha  Kemal  , " gardienne des valeurs de la République" , attachée à la laïcité et regardant avec suspicion   la montée en puissance de la sphère du religieux et celle  de Erdogan *



R.Erdogan  a immédiatement mis en cause son ex-allié F. Güllen **
 et affirme aujourd'hui  qu'il y a des aveux  corroborant ses dires .
 Compte tenu de se qui se passe en Turquie  , des arrestations massives , de la purge des administrations  (Justice et police comprises ) et notamment de tout ce qui touche à l'éducation  , des  mises au pilori  et au cachot  de journalistes  , professeurs d'université et autres intellectuels  ,  des Alévis et des Kurdes bien sûr sans compter tous ceux que j'oublie  simplement  pour avoir énoncer leurs pensées  opposées à  celles de l'AKP  , ses dirigeants et ses partisans qui ont remis en vigueur dans la vie courante  la tenue" islamiquement correcte " pour les femmes  et  l'impossibilité de ne pas adhérer au dogme  sunnite   je m'interroge sur la spontanéité de ces aveux .
 Ce qui se passe en Turquie pourrait   cependant   être à terme plus inquiétant que  cet Etat islamique qui veut imposer  sa charria  à l'ensemble de la planète . C'est en tout cas ce qu'en dit Boualem Sansal  qui dans 2084 a décrit l'hypothèse Abistan ***

"A plus longue échéance, une vingtaine d'années, Daech disparaîtra, il étouffe déjà dans un territoire qui ira s'amenuisant sous le coup des bombardements occidentaux et des avancées des forces gouvernementales des pays environnants. La guerre a ses limites, et le temps en est une. Même la guerre de Cent Ans s'est achevée un jour. De plus, l'Etat islamique n'a pas les cadres, les penseurs et les théologiens capables de le hisser intellectuellement et spirituellement au niveau de son ambition de dominer le monde, comparables à ceux qui aux temps glorieux de l'islam ont su édifier un empire et l'administrer brillamment. La suite de l'histoire se pense déjà et s'écrira ailleurs, probablement en Iran, en Turquie, au Pakistan, en Afghanistan. Les printemps arabes et Daech ne sont pour eux qu'une opportunité pour tester la faisabilité du projet grandiose de rétablir l'islam dans sa totalité, qui les hante depuis toujours. Ils savent maintenant que l'appel au djihad peut mobiliser les musulmans où qu'ils soient dans le monde."


 lectures complémentaires :

 http://www.lemonde.fr/europe/article/2016/07/21/turquie-ce-n-est-pas-seulement-une-purge-mais-un-reformatage-de-l-etat_4972934_3214.html

 http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2016/07/21/erdogan-installe-sa-democrature-en-turquie_4972665_3218.html
 "Recep Tayyip Erdogan, lui, a désormais toute latitude pour mettre à exécution son projet de refonte civilisationnelle. Sa priorité est de « fermer la parenthèse du kémalisme », expression en vogue dans les rangs de l’AKP. Il veut débarrasser le pays des repères imposés après l’effondrement de l’Empire ottoman, notamment la laïcité. Erdogan et ses compagnons de route sont prêts à mourir pour leur cause : « Cela fait longtemps que nous avons revêtu nos linceuls », ont-ils coutume de répéter. La proclamation de la « République islamique de Turquie » n’est peut-être pas pour demain mais une nouvelle ère a commencé.(...)

Pour la première fois dans l’histoire de la République, les imams ont joué un rôle politique. Depuis leurs minarets, à la demande de la Direction des affaires religieuses (placée sous la tutelle du premier ministre), les imams ont appelé la population à manifester. Défendre Erdogan et son régime est devenu un devoir religieux autant que politique."


30/07/16

 http://info.arte.tv/fr/la-turquie-selon-erdogan

 24/07/2016



"(...)elle est là comme les quelque cent mille personnes réunies à l’appel du CHP (Parti républicain du peuple, social démocrate) pour dénoncer les militaires putschistes comme les dérives autoritaires du président Recep Tayyip Erdogan. « Ni diktat, ni dictature : la démocratie. »

« Ce jour est un jour d’unité. Un jour où nous nous levons contre les coups d’Etat et les régimes dictatoriaux, un jour où nous faisons entendre la voix du peuple », a martelé, depuis la tribune, Kemal Kilicdaroglu, le très respectable, mais bien peu charismatique, leader de ce parti, qui plafonne dans ses meilleurs scores à 23 % des voix."(...)
"
Pourtant, nombre de militants rechignent. « Eux et nous sommes contre les militaires putschistes. Nous avons tous souffert des coups d’Etat du passé, mais les islamistes et nous avons des rêves diamétralement opposés pour l’avenir de ce pays », explique Helin, jeune universitaire.
Une de ses amies renchérit : « une fois que les gülenistes [partisans du prédicateur en exil Fethullah Gülen] accusés auront été nettoyés ce sera le tour de l’opposition et de tous ceux qui s’opposent à Erdogan ».
La foule reprend en cœur les mots d’ordre traditionnels des grands rassemblements « kémalistes » : « La Turquie est laïque et le restera. 

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/international/article/2016/07/24/a-istanbul-la-gauche-a-repris-la-place-taksim-pour-denoncer-diktat-et-dictature_4974100_3210.html#7O7oAviABuV91Xuv.99

* "Les militaires sont, par tradition, très attachés à la laïcité. Ils n’ont jamais eu confiance en ce conservateur religieux", explique Samim Akgönül, spécialiste de la Turquie et maître de conférences à l'Université Marc Bloch de Strasbourg, joint par France 24.  à lire : http://www.france24.com/fr/20160719-turquie-erdogan-armee-turque-constitution-laicite-kemal-ataturk-akp

** http://www.revue21.fr


Récit





Les Jésuites de l’islam

par Guillaume Perrier
Paru dans le N°6
La confrérie fondée en Turquie par Fethullah Gülen quadrille le globe. Enquête sur le réseau musulman le plus puissant du monde.













Récit graphique

Le livre interdit

par Albert Drandov et Alberto Alburquerque Jiménez
Paru dans le N°24
En Turquie, l’État n’aime pas qu’on lève le voile sur ses coulisses. Pour avoir voulu publier un livre sur les liens entre le pouvoir et une confrérie religieuse, le journaliste Ahmet Sik a été emprisonné. Dans ce pays qui aspire à l’Europe, six mille livres sont interdits de publication et leurs auteurs parfois jetés en prison.

***http://www.marianne.net/boualem-sansal-les-europeens-ont-abandonne-les-lumieres-100237589.html



vendredi 8 juillet 2016

football Euro 2016

 Entendus hier soir  les cris et les klaxons , les pétards et les   "on a gagné " dans le quartier . Je suis sûre que  même ceux qui n'auraient pas levé le doigt dans une mouture locale de "les Français c'est les autres"ont manifesté  leur fierté d'avoir "gagné"
Si pour les  plus âgés des immigrés ou des personnes issues de l'immigration se sentir français semble être  la norme ou - à tout le moins- le fait d'une majorité,  pour les gamins , les ados , les jeunes d'âge adulte   cela n'est pas vraiment le cas si j'en crois l'article de rue 89.
 Quoiqu'il en soit  hier soir  finies les polémiques autour du cas Benzema , dans leurs têtes ils avaient gagné contre l'Allemagne .
  Ceux qui viennent du Portugal seront de toute façon gagnants  dimanche soir .... pauvres de vous qui avez des voisins lusitaniens  munis de trompes et klaxons tonitruants ! vous n'y échapperez pas   !
Mais soyez logiques  nous , français ,  nous n'avons rien gagné d'autre que les retombées économiques de cet Euro 2016 ... nous n'avons de fait rien  gagné du tout car  des  bénéfices  nous ne verrons pas la couleur sauf à avoir été embauché  de façon spécifique pour cette période . Quelques agents de sécurité , du personnel de l'hôtellerie-restauration  qui seraient autrement restés sur le carreau sont concernés , c'est tout .
 Ceux qui ont gagné  ce sont ceux qui ont couru sur le terrain ; en sus de leurs mirobolants salaires de footballeurs professionnels  ils ont gagné le match et de la renommée .... donc potentiellement des chances de voir encore augmenter leurs revenus  entre mercato et publicités .

On m'a dit hier soir que  si  je ne m'emballais pas pour cette victoire d'une équipe française  c'était peut être  par ce que  je râlais encore contre l'annexion de 1860 !
 Non , c'est simplement que  je m'en fiche  du foot et des footeux . Qu'un membre d'une  équipe de France  de ski  ou de kayak  gagne ou soit simplement bien classé je vais relever l'information  et me dire "c'est chouette"  mais franchement ,  les footeux ....


mercredi 27 avril 2016

encore un billet ...

... une argumentation et une opinion  qui valent  la peine d'être écoutée et prises  en compte .
 Je n'aurai pas , je pense , porté le voile pour un "hidjab day" 
parce que je ne vois pas  en quoi  une journée déguisée permettrait d'éprouver l'impact du regard d'autrui (c'est un des arguments exposé par des participantes) puisqu'il s'agit d'une posture pour quelques  heures  et non pas  d'un vécu quotidien - ; tant qu'ils/elles y sont pourquoi ne pas vouloir se donner l'apparence d'un -e-  homme/femme noir-e  de peau  de l'Afrique sub-saharienne  ou vivre comme un-e sans papiers) ou plus simplement  d'un-e SDF faisant la manche, cherchant à dormir dans un point d'accueil sans  forcement le pouvoir faute de place ... .
 Si  je dis que  celles qui le veulent doivent avoir la liberté de le porter -à condition que cela soit la leur et pas celle d'un milieu , d'une famille , d'un père ou d'un mari  et que ce choix doit être l'aboutissement d'une réflexion (et qui dit réflexion dit éducation ouverte  sur le monde pas endoctrinement - ) - je dis aussi que les musulmanes qui ne le veulent pas doivent pouvoir  ne pas se couvrir la tête et encore moins  de la tête aux pieds .
Et tant qu'à avoir un geste militant ce serait  , c'est sûr , pour que les filles et les femmes ne voulant pas se hidjabiser  puissent le faire  sans  risquer de représailles  , que celle ci soient pour les tyrans domestiques et ceux  qui rodent dans certains quartiers avec leurs regards et leurs remarques  visant à les  culpabiliser .Mais là le législateur  n'agit pas   et quand sur d'autres problèmes  liés  aux relations entre les personnes (violences conjugales ou familiales , harcèlement ...)  il y a des textes de lois   ( été 2010  seulement ) ceux-ci sont  trop souvent lettres mortes  dans la pratique .*
 Peut être fais-je du bisounourisme  ...
Régulièrement des paroles ou des écrits  évoquent  le  risque  d'un entrisme  nous menant progressivement mais inexorablement vers un fascisme islamique .
 Cet article en fait partie :
 "..."Ni obligation, ni interdiction du voile", vraiment?
Cher étudiant de Sciences Po, cette initiative que tu as prise a le mérite de dévoiler au grand jour l'état de confusion qui s'est glissé dans ta tête. S'agissant des concepts, tu sembles perdu au point de ne plus savoir ce qui différencie la liberté de l'aliénation, le libre choix de la servitude volontaire. Étienne de La Boétie reviens je t'en prie! Grisé par une overdose de liberté, tu es devenu indifférent au sort de tes semblables. Tu as rompu avec une partie de l'humanité. Ta pensée s'est ramollie. Tu as déserté ta responsabilité. A tes yeux l'émancipation n'est rien; la fraternité est datée; la solidarité est un truc de nostalgiques. Tu t'es laissé contaminer voire piéger par un Tariq Ramadan, champion du double discours s'il en est un, qui avance masqué derrière sa célèbre pirouette sémantique (encore une!) "ni obligation, ni interdiction du voile" pour mieux mitrailler la résistance des têtes nues.
S'agissant du statut des femmes en islam, il y a mille chantiers à ouvrir: l'héritage, le témoignage devant un tribunal, la polygamie, la répudiation, la violence conjugale, les crimes d'honneur, la responsabilité maternelle à l'égard des enfants, le mariage d'une musulmane avec un non-musulman, l'accessibilité à la fonction de juge ou à celle d'imam, l'éducation, la contraception, l'homosexualité et les châtiments corporels. Mais sur l'ensemble de ces sujets-là, Ramadan se fait discret. Il n'en a que pour le voile. S'il le défend avec tant de malice, c'est qu'objectivement le voile fait partie de sa stratégie de conquête du pouvoir. Quant à sa formule "ni ni", c'est de la poudre aux yeux pour rassurer les faux humanistes, les paresseux, ceux qui se complaisent durablement dans le mensonge. Ceux-là même qui combattent la vérité, faisant mine de la défendre. Eux qui rêvent de nous jeter dans l'étouffoir de LA communauté des croyants, la fameuse Oumma. Eux qui font tout pour nous culpabiliser, atrophier nos réflexes citoyens et saper nos acquis démocratiques.
L'islam politique implique une rupture historique avec la République
En Occident, ce voile est devenu le porte drapeau de tous ceux qui prônent la fusion entre l'islam et l'État. L'islam politique implique une rupture historique avec la République, et une réorientation sociétale majeure. Fragiliser le statut des femmes devient donc un impératif. Dans cette perspective, investir l'espace public par le voile est un enjeu majeur. Le pouvoir passe par la visibilité des "voilées". Tout cela, Tariq Ramadan le sait fort bien. C'est pourquoi il fait du voile SA priorité. Lui, ses militants et leurs organisations satellitaires, des Frères musulmans aux salafistes, travaillent d'arrache-pied pour que l'expansion de l'islam politique soit aussi vigoureuse que rapide.Tout cela, Tariq Ramadan le sait fort bien. C'est pourquoi il fait du voile SA priorité. Lui, ses militants et leurs organisations satellitaires, des Frères musulmans aux salafistes, travaillent d'arrache-pied pour que l'expansion de l'islam politique soit aussi vigoureuse que rapide.
A l'évidence, cher étudiant de Sciences Po, tu souffres du syndrome de l'individu blasé par un trop-plein de privilèges et de liberté. Il est vrai qu'en cette matière tu n'as rien demandé. La liberté est venue à toi sur un plateau en or. Soit. Tu n'as jamais risqué un seul cheveu de ta tête pour te rendre dans une salle de classe. Toi, tu n'es pas une petite fille du Nigeria. Toi, tu affiches une réelle indifférence face au calvaire de Assiatou Enlevée par Boko Haram (Michel Lafon, 2016). Toi, tu n'es ni Katia Bengana ni Amel Zenoune, deux jeunes femmes assassinées à la fleur de l'âge pour leur refus de porter le voile dans l'Algérie des années quatre vingt-dix. Toi, tu hausses les épaules face aux résistances héroïques des femmes iraniennes et afghanes. Toi, tu n'as connu ni l'exil forcé, ni la persécution sourde et muette des longues nuits de terreur des enfants et des femmes yézidis. Toi, tu ne t'es jamais caché pour prier, comme sont condamnés à le faire des chrétiens d'Orient. Toi, tu n'as jamais eu à trembler dans un autobus de peur que ton identité soit reconnue. Toi, tu ne sais pas ce que signifie la révolte d'un Garcia Lorca. Toi, tu ne te sens solidaire ni du destin d'une Asia Bibi ni de celui d'un Raïf Badawi. Toi, tu as visité le ghetto de Varsovie comme si tu te rendais à un concert de rock. Toi, tu n'as strictement rien retenu de l'affaire Dreyfus.
Non, la vérité n'est pas une moyenne de toutes les postures. Entre la démocratie et le fascisme vert, il n'y pas de demi-mesure. On ne peut prôner du même souffle la liberté et l'aliénation. C'est soit l'un, soit l'autre. A toi de choisir ton camp.
Aie le courage d'être une femme libre!
Reconnaître en l'Autre ta propre humanité t'aurait pourtant permis de saisir l'impératif catégorique de Kant lorsqu'il affirme: "Agis uniquement d'après la maxime qui fait que tu peux aussi vouloir que cette maxime devienne une loi universelle".
Certes, la République s'est montrée généreuse à ton égard. Mais que fais-tu pour défendre ses idéaux? Flirter avec la théocratie? Faire du pied à Daech? Oui, je vais oser le dire et aller jusqu'au bout de mon raisonnement. Entre ceux qui s'enrôlent dans les milices de Daech et toi qui participes à normaliser ses symboles, il y a bel et bien un fil conducteur. A moins de considérer qu'entre l'idéologie, le politique et le militaire, nul lien n'existe. Tu devrais le savoir, toi qui consacres tes journées à étudier l'histoire des régimes politiques.
Avec cet événement du Hijab Day, tu contribues à banaliser le mal tel que défini par Hannah Arendt. Le pire, c'est lorsque tu renonces à exercer ta responsabilité première de citoyen d'une démocratie. Tu t'égares. Tu déshonores la pensée. Tu méprises la connaissance. Tu t'éloignes de la condition humaine. Tu trahis les philosophes des Lumières. Tu t'enfonces dans un exotisme servile. Pourtant, ta condition de privilégié parmi les privilégiés ne fait pas de toi un être non moins apte à saisir la complexité du monde dans lequel nous vivons.
Ressaisis-toi, cher étudiant de science po. Sors de toi-même; ouvre les yeux; regarde autour de toi; réapproprie-toi la pensée; cultive-toi; lis; écoute ceux qui ont des expériences de résistance à te transmettre. Tu découvriras dans leurs mots le courage qu'il te manque pour devenir un homme libre. Tu puiseras dans leur silence la force de vivre debout. Tu trouveras dans leurs douleurs ce qui te manque pour tracer ton propre chemin vers toi-même et vers l'humanité. Tu verras, ton cœur se mettra à battre de nouveau pour la liberté. Car je veux continuer à penser, malgré tout, que tu es un homme en devenir." ...

 Boualem Sansal  exprime la même chose **  en évoquant les islamistes "intégrés"  .J'ai du mal à envisager tant de noirceur  dans une religion mais  ce n'est pas de foi dont il s'agit ici mais d'un projet politique associé à une prise  de pouvoir  sous couvert  d'une philosophie, pas de foi mais de religiosité  appliqué.Différents reportages  l'ont bien montré  et dans l'Histoire il y a de nombreux exemples de cet usage . Inquisition , croisades , luttes des rois de France et de leurs vassaux contre les Cathares ou les protestants ,...  les guerres dans l'ex-Yougoslavie  ( voir le film  "les femmes de Visegrad"  ou les livres de J Sacco )  ...,les talibans en Afghanistan , celle menée actuellement par  l'ISI  ne sont que l'expression  de ce type de projets et "2084 , la fin du monde" raconte  ce  qui peut arriver . La décennie sanglante***en Algérie en  était -et  ne suis pas sûre que le passé soit d'actualité -  une conséquence ; il ne faut pas négliger l'impact des wahhabites et des frères musulmans en Egypte  pas plus que celui du discours de Tariq Ramadan en Europe , d'Ennahdha  en Tunisie ...
Le lien fait dans l'article ci-dessus entre  un foulard  et  un mode de gouvernement   En Occident, ce voile est devenu le porte drapeau de tous ceux qui prônent la fusion entre l'islam et l'État. L'islam politique implique une rupture historique avec la République, et une réorientation sociétale majeure. Fragiliser le statut des femmes devient donc un impératif. Dans cette perspective, investir l'espace public par le voile est un enjeu majeur. Le pouvoir passe par la visibilité des "voilées". Tout cela, Tariq Ramadan le sait fort bien. C'est pourquoi il fait du voile SA priorité. Lui, ses militants et leurs organisations satellitaires, des Frères musulmans aux salafistes, travaillent d'arrache-pied pour que l'expansion de l'islam politique soit aussi vigoureuse que rapide. m'a  interpellée , me fait m'interroger  sur ce qu'il peut y avoir sous  ce qui m'apparaît plus comme une question vestimentaire , une forme de mode pour  de nombreuses jeunes filles - femmes  empêtrées  dans un communautarisme  ou un lien avec un habit traditionnel  pour les plus âgées .
 Y a t'il  diabolisation par une  partie de ceux qui prennent parole sur la question  et angélisme  d'autre part ( de la mienne en tout cas) ? ****
 
 Quand Boualem Sansal  parle des  islamistes "intégrés"  n'évoque t'il pas plus le danger liés à  ceux qui pratiquent la taqîya , la dissimulation ,pour agir en faveur de leurs intérêts que celui de ceux qui s'affichent ? 
L'impact des islamistes  dans certains quartiers est connu , leurs modes d'action - qu'il a évoqué dans "le village de l'allemand "  n'en est pas moins toxique  mais au moins a t-il  le "mérite" d'être visible  et donc de pouvoir être contrecarré notamment par l'éducation , l'incitation à la réflexion  . Est il pour autant moins  dangereux ? 
Oui si  on se donne les moyens de l'éducation  qui passe par la prise d'informations (pas la relation de faits divers ni une pseudo-information sectaire ) , leur analyse et leur mise en relation  donc la lecture , l'incitation à  la curiosité intellectuelle ...  Encore faut il en avoir les moyens et ceux qui ont vécu les années de plomb  en Algérie , ceux qui vivent-voient l' influence des frères musulmans en Egypte  (où si  il y a des femmes qui se dévoilent  il en est d'autres qui  de plus en plus nombreuses  se mettent à porter le  niqab, les premières appartenant à une élite urbaine scolarisée )   en doutent  car il est vrai qu'un gouvernement  noyauté  ne donnera pas les moyens de lutter contre ceux qui le noyautent  et le lobbying aboutit généralement à des prises de décisions qui ne vont pas prioritairement  dans l'intérêt des populations .
 Que faut il alors penser de la recommandation du Conseil français du culte musulman***** ?  ( sur le site duquel on trouve  aussi un texte  incitant les femmes à  exercer leur capacité de réflexion en ce qui concerne le fait de se voiler (intégralement il est vrai mais le raisonnement peut être sans doute  extrapolé ) :
... "Je crains que ce qui se joue à travers le voile intégral ou le niqab, ou le port de la barbe et des kamis pour les hommes tel qu’il se répand ici et maintenant, ce n’est pas s’habiller selon la tradition islamique purement et simplement, mais c’est restreindre la vision et la lecture de l’islam à un seul et unique uniforme. Une vision qui renonce à la raison, à la culture et à la diversité, qui a fait la richesse de l’islam.
Mes sœurs, je ne prétends pas que ma vision est la meilleure ou que vous devez abandonner la vôtre, mais je vous demande de réfléchir, de vous cultiver, de chercher le savoir dans plusieurs sources et de comparer. Notre Saint Coran nous appelle à réfléchir, à méditer et à raisonner des centaines de fois."...
Que penser de la prise de position d'universitaires dans une pétition contre l'interdiction du port du voile   au printemps 2015 , pétition relayée par  Libération " ? 
..." S’il y a bien un lieu dans notre République, où la liberté de pensée et d’expression, ou plutôt, le droit de cité se vit ici et maintenant, c’est encore au sein des universités - et même les tentatives qui ont visé à mettre à mal cette liberté autogérée (en envoyant ces dernières années les forces de l’ordre traditionnellement interdites dans nos espaces en cas de conflit, de contestation ou d’occupation) ne sont pas parvenues à nous désespérer de penser la complexité du monde social et les enjeux du vivre en commun, comme à en expérimenter les conditions possibles.
Or, vous ne pouvez ignorer que depuis plus de dix ans le voile, sur lequel vous vous exprimiez encore récemment, est une question qui n’a fait qu’instrumentaliser à moindres frais les droits des femmes au profit de politiques racistes, aux relents paternalistes et colonialistes - définissant pour les femmes de bonnes manières de se libérer, blanchissant une partie des associations féministes en les dédouanant de s’engager contre le racisme y compris dans leurs propres rangs et, inversement, en permettant à des associations dites «communautaires» d’assimiler le féminisme au bras armé de vos politiques islamophobes. La classe politique et votre parti, en exposant aux discriminations les plus brutales des femmes portant le voile (lynchages de jeunes filles, de femmes enceintes et de mères, discriminations à l’embauche, exclusions des écoles publiques, etc.), ont fait le lit des nationalismes et doivent être tenus pour responsables d’une situation de tension sociale sans précédent."...
Doit on s'inquiéter  d'une conspiration  ou évoquer la théorie du complot ? 
 u’il leur impose.
 Ces questionnements qui sont les miens peuvent ils être aussi ceux de tou-te-s ceux/celles  qui sont concernés ? 









*Qu'est ce qu'un rappel à la loi  pour un homme ou une femme qui en a frappé un-e autre?  rien  que 10 minutes  à se faire sermonner  , juste un motif   qu'il-elle se donne  pour  justifier  sa vindicte  et lui donner une raison  pour reprendre menaces et insultes .

** http://www.valeursactuelles.com/monde/boualem-sansal-mon-pays-me-fait-mal-37069


... "Dans une stratégie d’entrisme ? Tout à fait. Les islamistes “intégrés” ont une démarche très planifiée. Ils cherchent à influencer de l’intérieur. Chaque jour, ils arrivent à conquérir un espace ou des territoires supplémentaires, un bout de laïcité, des droits. Au nom de la tolérance et de l’antiracisme, de la lutte contre la xénophobie et l’islamophobie, ils mènent une stratégie de désarmement intellectuel et mental de la partie adverse.
Mais la confrontation intellectuelle reste possible en Europe ! Les lois françaises et européennes sont telles – notamment sur l’islamophobie – qu’elles interdisent toute critique, au nom de la tolérance. C’est aberrant : le système que l’on veut défendre se retourne contre nous et nous condamne !
Parleriez-vous de terrorisme intellectuel ? Mais oui. Si on n’est pas avec eux, on est taxé de discrimination. Sur ce point, ils ont réussi. Quand les gens battent leur coulpe sur le thème “ne pas confondre islamisme et islam”, c’est du miel dans leurs oreilles...."

*** "Le carnage contre Charlie Hebdo a fait replonger une partie des journalistes algériens dans les affres de la « décennie noire » des années 1990, durant laquelle des dizaines de membres de la profession furent assassinés. « Le scénario parait irréel, difficile à imaginer. Pourtant la réalité nous rattrape », écrit Omar Belhouchet, le directeur du quotidien El-Watan.
Le caricaturiste du journal, Hicham Baba Ahmed, alias Hic, observe que, dans de tels moments, il ne cherche à faire ni dans l’humour ni dans la finesse. « J’ai été triplement choqué : en tant qu’être humain, en tant que dessinateur et en tant qu’Algérien pour avoir vécu le terrorisme des années 1990 », dit-il.
Si Charlie Hebdo a suscité des avis très divergents dans les médias algériens lors de la publication des caricatures du Prophète, la condamnation de l’attaque contre l’hebdomadaire est unanime et sans équivoque. Ce n’est pas le moment de débattre des choix éditoriaux du journal satiriste français car « aucune caricature ne justifie la violence, le sang, le carnage », écrit le Quotidien d’Oran, en soulignant que les auteurs du massacre ont « produit la plus hideuse et la plus violente des caricatures de la religion musulmane »."

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/international/article/2015/01/10/en-algerie-le-souvenir-des-annees-de-plomb-resurgit_4553344_3210.html#pXqUvLzvyw2Xe73Y.99
 
****http://www.parismatch.com/Actu/Societe/Avignon-Reine-Jeanne-la-cite-des-salafistes-903833** 
 
https://www.francebleu.fr/infos/faits-divers-justice/la-reine-jeanne-avignon-cite-des-salafistes-pour-paris-match-1453283140

***** http://www.lecfcm.fr/wp-content/uploads/2014/06/cfcm_texte_convention__version_finalisee2.pdf
cf  article 5
Pour la plupart des musulmanes, une tenue vestimentaire adéquate traduit, comme
pour les autres religions, la dignité et la
conformité à la tradition religieuse.
5/14
Le voile est une prescription
qui recommande au Prophète de «
dire à ses femmes, à ses  filles et aux femmes des croyants" (Coran 33-59),
 de l’arborer pour la réserve qu’il leur impose.
Si nombre de musulmans de France ont pu vivre la loi
 sur l’interdiction du port du voile
à l’école publique comme une injustice, ils
respectent les choix de la communauté
nationale.
Concernant le port du voile intégral, il convient  de rappeler que la France a adopté une
loi interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public. À cette occasion, le
CFCM a rappelé à plusieurs reprises la position adoptée par la majorité des
théologiens musulmans qui stipule que  le port du voile intégral n'est pas une obligation religieuse.
Tout au long des débats sur le port du voile intégral, le CFCM a clairement affiché son opposition à cette pratique et sa détermination à continuer d’œuvrer par le dialogue et
l’éducation pour qu’elle ne s’installe pas sur le territoire national.
Le CFCM réaffirme que les musulmans de France aspirent comme tous leurs concitoyens, à pratiquer leur culte et vivre leur spiritualité dans le respect des lois et
des valeurs de la République auxquelles ils sont profondément attachés.


mardi 26 avril 2016

à lire aussi

http://www.marianne.net/les-femmes-voile-accusent-100235239.html

Elles en ont marre. « Marre de l'indifférence, de la connivence, de la condescendance » avec lesquelles, en France, les « néocommunautaristes » traitent le combat des femmes de culture musulmane « qui se sont affranchies du voile au nom de la liberté, de l'égalité et de la dignité ». Près de chez elles, à Aubervilliers, les hommes osaient demander à l'une « de se couvrir pour être une bonne musulmane » : c'était l'été et elle sortait bras nus. Une lycéenne, sous influence salafiste, crachait à l'autre, son enseignante qui lui expliquait que le voile ne figurait nullement dans le Coran : « Je peux vous tuer pour ce que vous dites ! » De la rue au café où elles n'étaient pas les bienvenues, les menaces s'empilaient pour les belles aux yeux noirs. On les sommait à toute vitesse de rejoindre le troupeau massé sous le voile de la servitude volontaire. « Et nous n'étions ni à Alger ni à Kaboul ! Ça se passait à quelques stations de métro du centre de Paris... »
Alors Nadia et les autres ont décidé de fonder le collectif Femmes sans voile d'Aubervilliers. Elles ont rallié le mouvement mondial des femmes de culture musulmane qui refusent, au péril de leur vie dans le monde islamique, ce voile « qui affirme la domination et le contrôle de la femme par l'homme ». Marianne a publié . Elles étaient sur les marchés le 8 mars, distribuant vaillamment leurs tracts. Nous les avons retrouvées préparant la prochaine manifestation : celle de la deuxième journée des femmes sans voile, à laquelle appelle toute une ribambelle d'associations (voir la liste ci-dessous). La première s'était déroulée en 2014, près de la fontaine aux Innocents. Dans Charlie, une BD de Luz avait illustré cette prise de parole, sereine côté manifestantes, houleuse du côté des passants — et passantes — provoile, fermés à tout débat et drapés, au mieux, dans la sempiternelle apostrophe : « Islamophobes ! »
Un linceul
Le 10 juillet est une date choisie par les Canadiennes : la date de naissance à Montréal de Thérèse Forget-Casgrain. Elle consacra sa vie à la cause des femmes. « Et nous aussi, c'est tous les jours, dit tranquillement Nadia Ould-Kaci. Je suis une 100 % Beurette du 93, née à Saint-Denis, grandie à La Courneuve. J'habite Aubervilliers depuis quarante ans. Ma mère est arrivée de Kabylie, analphabète et non voilée. Elle en a 92 aujourd'hui et me demande toujours : "Mais quel avenir elles se préparent, toutes ces filles qui se voilent ?" Mon père, le dimanche, lisait l'Humanité en buvant un verre de rouge. J'ai gardé sa carte de la CGT. J'ai gardé le mot "communisme" aussi. Pour l'idéal, pas pour ce qu'en ont fait les hommes. Depuis trois ans, le voile s'est répandu dans des proportions inquiétantes. Il tend à devenir la norme : dans notre ville, on le met même aux petites filles. Les Maghrébines qui ne le portent pas entendent des insultes du genre : "Tu fais honte à Dieu !" »
La honte, la vraie, contre laquelle elle se bat avec toutes les femmes du collectif, c'est ce linceul dont on commence à recouvrir les fillettes. Les photos sont éloquentes. « Nous demandons aux députés, aux sénateurs et aux sénatrices l'interdiction du voile pour les mineures. Au moins ça ! » martèle Nadia Benmissi, autre cheville ouvrière du mouvement. Les réponses sont décourageantes. « On est coincées ! » hasarde une élue. Par qui, par quoi ? Les « d'origine », elles, n'ont pas froid aux yeux. « Tant de femmes nous disent qu'on a raison mais qu'elles ont peur... » Dans sa « Convention citoyenne des musulmans pour le vivre-ensemble » de juin 2014, le Conseil français du culte musulman y va fort : il installe carrément la règle du voile pour les Françaises musulmanes alors que la « prescription coranique » ne mentionne nulle part l'obligation de se couvrir les cheveux. « Votre prise de position représente une régression qui banalise les répressions que subissent les femmes non voilées, s'insurge le collectif dans sa lettre au CFCM. Nous nous inquiétons de votre affirmation qui sacralise le port du voile et par là même cautionne l'action des fondamentalistes, source, dans notre pays, de troubles à l'ordre public. Votre crispation est un anachronisme dangereux pour nous tous. » Les pieux rédacteurs de la « convention » n'ont jamais daigné répondre. Leur rappeler que la première action des djihadistes, en Irak, en Syrie, au Mali, au Nigeria, quand ils s'emparent d'une ville, consiste à voiler intégralement les femmes pour leur interdire ensuite la totalité de la vie, fait tellement désordre...
Non au patriarcat
A cette pléiade de brunettes révoltées, Josiane Doan, une blonde ronde à l'accent qui chante, apporte sa solidarité de Provençale. « Parce que dire non au voile, c'est dire non au patriarcat. Et ça, j'ai connu ! » Dans les champs de lavande, entre Ollioules et Toulon, au début des années 60, « en milieu paysan, une femme, c'était comme un meuble. On fermait la porte de la cour pour empêcher la fille de sortir et mon père mesurait les ourlets des jupes. Je me suis battue grâce à l'école et je suis devenue inspectrice des impôts ». Alors quand, en 2012, Josiane croise, dans une rue d'Aubervilliers, une toute jeune fille que son frère tabasse « parce qu'elle avait osé sortir », elle se retrouve un demi-siècle en arrière, au temps de sa séquestration. De colère, elle rejoint le groupe de Place aux femmes qui s'occupe alors d'investir les cafés. Aux camarades « d'origine », elle dit : « Je suis des vôtres », tant l'origine d'une femme se ressemble dans tous les mondes. Très vite, la réaction au voile s'impose comme une urgence. La rue commence à vivre sous cape. Un petit foulard qui devient « l'intégrale ». « Une enfant de 5 ans qui refuse d'entrer chez ses voisins parce qu'ils mangent du porc et boivent de l'alcool, elle les traitait déjà de "mécréants"... » Bref, cette métamorphose qu'on nous dit si tranquille et qui, entre les enfants d'un même pays, les filles d'une même patrie, dessine les contours inquiétants d'un destin divergent.
Pour dire non, c'est place de la République, le 10 juillet. A 18 heures.
>>> Les associations signataires de l'appel du 10 juillet
Association des femmes euro-méditerranéennes contre les intégrismes (Afemci), Africa 93, Amel, Conseil européen des fédérations Wizo (CEFW), Cibel, Conseil national des associations familiales laïques (Cnafal), Du côté des femmes (DCDF), Egale, Encore féministes, Femmes contre les intégristes, Femmes solidaires, Femmes 3000, Coordination française pour le lobby européen des femmes (La Clef), La Ligue du droit international des femmes, Libres MarianneS, Marguerites sans frontières, Ni putes, ni soumises, Regards de femmes, Union des familles laïques (Ufal).
Contact :
 
 

suite et sans doute pas fin heureusement ...

... de l'expression des convictions sur ce sujet  remis régulièrement  à la une des journaux  et ce de plus  en plus souvent depuis les attentats revendiqués par  des islamistes -djihadistes  se réclamant d'une mouvance  assoiffée de pouvoir pris sur autrui  au nom d'une religion  et les guerres du Proche et moyen Orient .
 Je  partage  ici différents articles car je suis convaincue  que disposer d'informations    permet de réfléchir  au sens de ce que l'on fait .
Si je suis d'accord  pour que celles qui décident de  porter le foulard ( en toute liberté ) puissent le faire - et porter le foulard n'est pas  de masquer le visage  même si c'est souvent se voiler la face  sur les intentions de ceux qui prônent  l'usage de cette mode -  je suis convaincue qu'il faut empêcher que cela  risque de devenir imposé  ne serait ce que par respect de chacun-e  , de son individualité , de sa liberté (y compris  celle de séduire ) , de sa capacité à  choisir et se positionner .
 De toute façon  ce n'est pas un costume qui  définit  la personne  ( Il y a longtemps que l'on sait que l'habit ne fait pas le moine ) ; enfin ... le costume ne devrait pas la définir aux yeux d'autrui même si l'apparence que l'on se donne  n'est souvent que ce qui est perçu .


http://www.marianne.net/agora-hijab-day-souvenez-vous-amel-zenoune-assassinee-avoir-refuse-voile-100242346.html

"Rassemblement Algérien des Femmes Démocrates

Zazi Sadou demande aux initiatrices du "Hijab day" de Sciences Po Paris de "faire l'effort d'interroger cette pratique imposée hors contexte et à des années lumières de l'islam le plus lumineux". Elle refuse cet "esprit de l'islam qui s'affiche en uniforme".
 

Amel Zenoune, jeune étudiante en droit quitte Alger dans un bus de l’université pour rentrer chez elle à Sidi Moussa, environ une heure avant la rupture du jeune. En ce dimanche 26 janvier 1997, 17ème jour du ramadan, sur le chemin le bus est arrêté par ce que les algériens appelleront "un faux barrage" pour le distinguer des barrages de contrôle assuré par les militaires.
L'embuscade est mise en place par des terroristes du Groupe Islamiste armé GIA au lieu-dit Benedja, commune de Bentalha, connu de triste mémoire pour avoir subi un des massacres les plus terrifiants des années 90. Les passagers du bus tremblent de peur et voient leur dernière heure arrivée. Mais les terroristes ne semblent pas se soucier d’eux. Une seule personne les intéresse : Amel Zenoune. On lui intime l’ordre de descendre du bus et la jeune fille s’exécute avec courage.
L’un des hommes armés aiguise son couteau sur une pierre et, sans le moindre état d’âme, égorge la jeune fille sous le regard des autres passagers terrifiés. Il leur dira en substance qu’elle servira d’exemple à toutes celles qui fréquentent les universités et qui vont au travail sans être voilées. Un message terrifiant pour celles qui refusent d'abdiquer à leur ordre moral inique.
Elle avait tout juste 22 ans.
Elle devait servir de modèle pour terrifier toutes les femmes et jeunes filles qui en Algerie, résistaient au diktat du FIS.
Elle devait servir de modèle pour terrifier toutes les femmes et jeunes filles qui en Algerie, résistaient au diktat du FIS, Front Islamique du Salut et ses différents bras armés.
Dans d'autres contrées du monde, en terre d'islam, des millions de femmes à l'image d'Amel Zanoune continuent de résister, par tous les moyens, à l'intégrisme islamiste et son ambition démesurée de soumettre les femmes et les sociétés à leur projet théocratique moyenâgeux .

Hijab day à Sciences Po : que ces étudiantes n'oublient pas que ce combat autour du voile cache l'ambition de forces politico-religieuses violentes

C'est à Paris, capitale de la France laïque, héritière des siècles des Lumières et de la République, promoteur des droits de l'Homme et de l'égalité des droits entre les femmes et les hommes, . Initiative mondiale lancée en 2013 par un réseau qui réussit parfaitement son marketing politique en Europe. La preuve est là sous nos yeux : c'est précisément à Sciences Po Paris, prestigieuse école où la raison est enseignée pour éclairer l'esprit, que l'action démarre !
Quelles que soient les motivations des jeunes étudiantes "solidaires" qui se sont mobilisées pour "soutenir leurs copines voilées", qu'elles n'oublient pas que des centaines de milliers - non, des millions de femmes musulmanes - occupent l'espace public tête nue dans leurs pays au péril de leur vie. Résister par tous les moyens pour dire leur aspiration à être libres et insoumises à l'ordre moral qui veut les cacher parce qu'objet sexuel ! Combien d'entre elles ont payé par le viol et la mort le tribut de "butin de guerre" ?
Que ces jeunes étudiantes, sûrement laïques et émancipées, n'oublient pas que ce combat autour du "voile" cache avant tout l'ambition de forces politico-religieuses violentes, déterminées à conquérir le monde pour transformer "le citoyen" en communauté de simples croyants soumis à un ordre totalitaire où les femmes sont appelées à se cacher, s'effacer, obéir, disparaître ...
Que toutes les jeunes filles voilées que les prêcheurs et "dealers de paradis" courtisent par un faux discours de tolérance et de bienveillance fassent l'effort d'interroger cette pratique imposée hors contexte et qui est à des années lumières de l'islam le plus lumineux qu'elles pensent représenter ! Lisez Ibn Sina, Ibn Roc, Mohamed Arkoun, Fatima Mernissi pour porter un autre esprit de l'islam que celui qui s'affiche en uniforme.
Je crie ma rage de militante féministe algérienne
Par cette expression qui ne fera surement pas l'unanimité, je crie ma rage de militante féministe algérienne ayant vécu comme des centaines de milliers de mes concitoyennes l'ordre intégriste en marche. Sans la résistance des femmes et tous les citoyens acquis à l'idée de la démocratie dans son sens plein d'humanité, le visage de l'Algérie aurait été radicalement transformée.
Certes la France n'est ni l'Algérie, ni la Tunisie, ni l'Irak, ni l'Égypte. Seulement n'oublions pas le credo unique des mouvements conquérants, intégristes d'extrême droite. Quel que soit l'habit sous lequel ils se présentent, les premières victimes sont d'abord les femmes. C'est la leçon de notre histoire quotidienne.
Porter le voile, est-ce une question de liberté garantie par l'exercice de la démocratie ? Je ne le pense pas. La bataille "du voile" est l'expression la plus visible de la volonté des intégristes de soumettre les femmes. L'évocation des principes de démocratie et de liberté sont seulement le moyen d'y arriver ...  
N'oublions pas le sacrifice d'Amel l'étudiante, de Rachida l'agronome, de Khadidja la vétérinaire, de Lila l'enseignante, de Rabéa mère au foyer et de cette très longue liste de résistantes... "


lundi 25 avril 2016

L’adieu au voile (Egypte )

J' y ai surligné ce qui me parle  et souhaite que ces articles  interpellent   le plus possible des voilées de chez nous   pour les inciter  à réfléchir  et à se positionner dans la mesure où elles le peuvent  selon leur contexte familial .

 

mise en musique :  https://www.youtube.com/watch?v=FNTj9dVeBfY&feature=youtu.be

 

 à mettre en relation avec

Les Maisons de l'Islam. L'incroyable diversité du monde musulman. 12 récits, photos et bande dessinée. (...)
Depuis quatorze siècles, le monde musulman partage un même livre. Du Coran, « récitation » de la parole divine, sont nées les traditions. Que la mondialisation oppose. Du Pakistan à la Syrie, de l'Égypte au Soudan, du Yémen à la Turquie, c'est un monde qui se confronte à lui-même. Pour ce hors série, XXI a rassemblé ses meilleurs reportages consacrés à l'Islam. Une anthologie....

 

  article de  Par Claude Guibal, Le Caire, 13/03/2010  Libération

Pour la majorité des Egyptiennes, le foulard est devenu la norme. Au Caire, des jeunes femmes décident de l’abandonner, plaçant la société et elles-mêmes devant de nombreuses contradictions.

Ce jour-là, elle a embrassé ses parents, salué le bawab, le portier planté au bas de son immeuble, et s’est plongée dans la foule matinale des rues du Caire. Pour la première fois, elle a poussé la porte d’un salon de coiffure, s’est assise devant le miroir et dit : «Faites-moi quelque chose de bien. Aujourd’hui, j’enlève mon voile.» Le hijab (1), la journaliste Rania l’a porté près de vingt ans. «Une vie», rit-elle, tapotant une fine cigarette contre le cendrier.
Dans ce café du centre-ville, garçons et filles discutent autour d’un cappuccino. L’université américaine du Caire est toute proche, on parle en arabe et en anglais. La quasi-totalité des jeunes femmes sont voilées, certaines la tête couverte d’un foulard savamment noué, assorti au top à bretelles enfilé sur un fin col roulé. Rania fait bouffer son nouveau carré auburn, d’un geste encore trop neuf pour être machinal.

«Pourtant, je suis la même»

Salwa (2), étudiante, a laissé un mot sur la table de la cuisine. Quelques lignes prévenant sa mère qu’elle reviendrait du travail sans son grand voile noir. Son père vit à l’étranger, loin de sa femme et de ses deux filles, seules dans un grand appartement du quartier petit bourgeois de Mohandessine. «Je viens d’une famille très conservatrice ; ça a été dur.» Elle a sauté le pas il y a un mois et se sent «un peu perdue». Elle craignait des discussions vives mais n’a récolté que des silences, des regards désolés, et des moues désapprobatrices. Avec ses tantes, dont elle était proche, une distance s’est installée. «Elles ne m’ont rien dit. Mais, tout en restant gentilles avec moi, je les sens déçues. Pourtant, je suis la même. Je n’ai pas changé à la seconde où j’ai enlevé mon hijab ! Je n’aurais jamais imaginé à quel point, pour les autres, ce voile était un élément constitutif de mon identité.»
Salwa cherche ses mots, s’interrompt. «Quand on porte le voile, on oublie qu’on l’a sur la tête. Il fait partie de nous-même. On l’a intégré comme un élément de notre personnalité. Mais pour les autres, il prend le dessus sur tout le reste. Vous êtes d’abord la muhajaba, la voilée. Le voile vous définit socialement comme un être religieux. Même si vous, vous avez l’impression de ne pas être que cela.»
Jean moulant, haut ajusté, Doaa, étudiante, acquiesce. «Ce que je lisais dans les yeux des autres, parce que je portais le voile, ne me correspondait pas. Ou plus.» 26 ans dont sept avec le voile qu’elle a quitté il y a un an. «La société colle aux voilées un tas d’étiquettes. Elle doit se comporter de telle façon, et pas d’une autre. Elle ne peut aller que dans tel type d’endroit, ne parler qu’avec tel genre de personnes. Aimer telle chose, tel auteur, tels films. La voilée est une entité figée.» A force d’entendre les réflexions de son entourage sur ses fréquentations, ses goûts musicaux, ses envies de voyage, Doaa a progressivement décidé d’enlever son foulard.
Dans les rues du Caire, cela fait presque deux décennies que les voiles ont fleuri sur les têtes. Sobre au début, il s’est fait coloré, tortillé, piqué d’épingles fantaisies, sculpté de plis sophistiqués. Quant au niqab (1), autrefois rarissime, il est en constante augmentation. D’après une enquête publiée par la presse égyptienne l’été dernier, il concernerait même plus de 15 % des femmes voilées. L’Etat, débordé par le phénomène, tente aujourd’hui de l’interdire, mettant en avant la question sécuritaire : dans les cités universitaires, les hôpitaux, l’enceinte des salles de classes. Appelé à la rescousse, le cheikh d’Al-Azhar, la plus haute référence de l’islam sunnite - et nommé par l’Etat -, s’est exécuté, rappelant que le niqab n’avait pas de fondement religieux. En vain, l’ascendance salafiste se fait de plus en plus sentir.

Surenchère de vertu

Dans ce contexte d’hyper-religiosité, le geste de Rania, Salwa, Doaa, reste difficile à voir. Et pourtant : il suffit d’évoquer la question autour de soi pour que très vite, on cite l’exemple de telle ou telle, qui s’est «déhijabisée». Dans le quotidien égyptien Daily News, la journaliste Sara el-Sirgany remarque : celles qui enlèvent le voile ont souvent fait œuvre de pionnières, au début des années 90. Aujourd’hui, la prolifération des voiles les place face à un dilemme. «Le hijab est devenu un accessoire de mode, vidé de sens. Et le porter de façon ultra-stricte ne suffit pas à prouver qu’on est une bonne musulmane : celles qui portent le niqab pensent que ce sont elles les meilleures, les seules vertueuses. Je ne veux pas rentrer dans cette surenchère», explique Doaa.
Isis, elle, a quitté son voile l’été dernier. Lorsque son père, le penseur Sayed el-Qemany s’est vu menacé de mort par des islamistes, pour ses écrits théologiques jugés apostats, l’obligeant à vivre reclus, sous protection policière. Devant les anathèmes, abasourdie par la vindicte collective, Isis s’est interrogée sur la façon dont ses concitoyens pensaient l’islam. Le voile - que cette jeune ophtalmologue portait depuis trois ans, «pour faire comme tout le monde» - a synthétisé toute son amertume. Elle l’a ôté. «Je ne voulais pas avoir à leur prouver avec ça que j’étais une bonne musulmane. Je jeûne. Je prie. Mais il n’y a que moi que ça regarde.»
Dans la famille de Rania, on porte le voile depuis longtemps, bien avant que ce soit à la mode. «Un jour, j’ai eu l’impression que ça devenait banal. Au même moment, j’ai commencé à me demander si cette apparence extérieure correspondait à ce que j’étais vraiment à l’intérieur. Je suis croyante certes, mais pas si pieuse que cela. J’ai eu le besoin de mettre les choses en conformité.»
Pendant de longs mois, Rania a réfléchi. Cette grande lectrice du Coran avait une hantise en enlevant son voile : tomber dans l’apostasie, un péché mortel. Un article dans Rose al-Youssef, un grand hebdomadaire national, l’a mise sur la piste de cheikhs aux théories plus modernistes. «Sur tout ce qui est licite ou illicite, Dieu est clair et nous dit : "faites, ou ne faites pas". Pour le voile, il n’y a pas d’ordre clair. C’est ça la beauté et la grandeur du Coran, on peut le comprendre à plusieurs niveaux.»
La voix affermie, Rania s’anime. «Les oulémas, depuis 1 400 ans, n’ont fait que transmettre. Ils ont figé la pensée de l’islam. Ils ne veulent pas prendre la responsabilité de réfléchir. Les gens, eux, ne veulent pas prendre la responsabilité de leurs décisions, et s’en réfèrent toujours aux oulémas. C’est pour cela que notre société n’avance pas.» Nouha, son amie, acquiesce : «Le port aussi massif du voile a contribué à diviser de façon visible la société entre musulmans et chrétiens. Avant que le foulard soit aussi répandu, on n’était pas systématiquement affiché comme appartenant à une confession ou l’autre.» Rania en sait quelque chose : sans son hijab, tout le monde la prend pour une copte, ces chrétiens d’Egypte qui représentent 10 % environ de la population. «Et alors ? Quel est le problème ? Ça ne me dérange pas, mais ça en dit long sur l’état de la société.»

L’invitation du prédicateur

Doaa a longtemps porté son foulard comme un étendard. Début des années 2000, lycéenne, dans une Egypte en plein renouveau religieux, elle découvre, avec ses amies de classe, les CD d’Amr Khaled, un jeune comptable reconverti dans la prédication, devenu depuis une star internationale, au point d’être considéré, par Time, comme une des cent personnalités les plus influentes du monde.
A l’époque, la carrière d’Amr Khaled en est à ses débuts, mais c’est une révolution. Son rôle est déterminant dans le processus de réislamisation que connaît l’Egypte et le monde arabo-musulman. A la différence de ses cheikhs aînés traditionalistes, en turbans et barbes longues, il n’a pas de diplôme religieux. Avec sa moustache et son sourire omniprésent, il joue les grands frères, prêche en costume ou en polo, utilise les mots du quotidien, évite les poses trop rigides et moralisatrices. Dans ses discours, pas d’envolées grondantes, comme les affectionnent les autres cheikhs cathodiques, prompts à rappeler les tourments infinis de l’enfer au pécheur. «Sa façon d’inviter les filles à porter le voile, se souvient Doaa, comme un choix mûrement réfléchi, et comme une étape d’un chemin que chacune parcourt à son rythme, sans qu’elle soit jugée pour autant, m’a plu.» Dans sa famille, la pratique religieuse est régulière. On prie, par conviction, par tradition, et sans ostentation. Sur l’album de photos qui trône fièrement sur la table du salon, sa mère et ses tantes posent, dans les années 1980, en robes courtes et sans manches.
Quinze ans plus tard, à l’approche de la ménopause, elles ont toutes adopté le voile, sans faire pour autant œuvre de prosélytisme. «Ma mère a même tenté de me dissuader ! Elle me disait qu’en vieillissant, il était temps qu’elle se préoccupe de préparer son temps dans l’au-delà, mais que j’étais encore bien jeune pour me voiler», poursuit Doaa. La jeune fille, pourtant bien décidée, lit le Coran, consulte les écrits des savants. Avec le développement d’Internet et des télévisions satellitaires, elle se passionne pour les émissions religieuses. «J’ai été, et je suis toujours très fière d’avoir décidé de porter le voile. Je l’ai fait en toute liberté. Cette démarche était en harmonie avec ma volonté d’approfondir ma foi. Mon voile m’a aussi donné de la confiance, puisque grâce à lui, j’ai pu affirmer ma personnalité», confie-t-elle.

«Rien n’oblige à être moche»

C’était il y a sept ans. Le voile, Doaa le porte alors à la mode, joliment attaché, assorti à ses vêtements. Elle s’inspire des modèles proposés dans les magazines pour voilées, qui font un tabac. «C’est même un sacré budget ! Mais rien ne dit qu’une voilée doit être moche ! rigole-t-elle aujourd’hui. Maintenant, c’est le coiffeur qui me coûte cher !» Elle est polyglotte, ses amis sont de toutes nationalités, de toutes confessions. Alors que Bagdad plie sous les bombes, elle débat avec des Américains sur Internet. Et dialogue avec des Israéliens de «la Paix maintenant» sur l’avenir de la Palestine. Etudiante en communication, elle se définit comme féministe, et dans son groupe d’amis, filles voilées ou pas et garçons se mêlent en une joyeuse bande. Au café, ils s’échangent les livres de Paulo Coelho, causent politique, ou s’interrogent «une femme peut-elle devenir présidente de la République ?» Non, pense alors Doaa, puisque, selon l’islam, seul un homme peut devenir calife.
Sous son voile, Doaa était heureuse. Ce qui l’agaçait, c’étaient les regards désapprobateurs de certaines voilées, quand elle riait trop fort, des filles «qui jugent ton comportement». Les réflexions : «Tu fréquentes trop d’étrangers.»«Tu ne devrais pas sortir dans les cafés.»«Une voilée doit montrer l’exemple»… A la longue, ce qui n’était que gêne est devenu pesanteur, énervement, rébellion. Doaa s’est alors interrogée, replongeant dans les textes sacrés, pleurant souvent sous ce voile qu’elle n’osait abandonner. Il s’est fait de plus en plus coloré, relâché, minimaliste. Un jour, il disparaît. Ses parents la soutiennent, mais lui rappellent qu’elle aurait dû davantage réfléchir avant de le porter, plutôt que de passer pour versatile.
Les amies de Doaa, elles, sont interloquées. Certaines se détournent, un peu méprisantes. D’autres, désolées, cherchent à comprendre. Comme Samia, qui «ne juge pas». Mais prie pour que son amie «retrouve la sérénité». Auprès d’elle, Doaa insiste. Son rapport à la religion reste inchangé. Comme avant, la jeune femme s’efforce de prier cinq fois par jour. Elle a jeûné lors du dernier ramadan, et a même effectué un jeûne supplémentaire, pour préparer son âme à la fête de l’Aïd. Dans ces moments de prière, dans l’enceinte de la mosquée, dans l’intimité de sa chambre, elle repose sur sa tête un foulard qu’elle ôte sitôt le rituel fini. «Ma dignité de musulmane, assure-t-elle désormais, est dans le voile moral qui protège ma vertu et ma conscience. Pas mes cheveux.»
(1) Le hijab, ou voile islamique, couvre la tête, le cou, parfois les épaules, mais laisse voir le visage. Le niqab couvre l’ensemble du visage, sauf les yeux.
(2) Certains prénoms ont été changés à la demande des interlocutrices.



 à lire aussi (article récent )
 http://213-info.com/phenomene-social-les-egyptiennes-enlevent-leur-hijab-et-le-font-savoir/

 ainsi que :


Le Monde.fr | • Mis à jour le | Par
Dans un pays où 90 % des femmes portent le foulard, le journaliste Chérif Choubachy a créé la polémique en exhortant, mi-avril, les Egyptiennes à se « dévoiler ».



image: http://s2.lemde.fr/image/2015/06/17/534x0/4655969_6_f506_certaines-egyptiennes-considerent-le-voile_4fc4af1cf85a6d123b4ac7fe6caef22c.jpg
Certaines Egyptiennes considèrent le voile comme un simple accessoire de mode. Ici, une vitrine au Caire.
Certaines Egyptiennes considèrent le voile comme un simple accessoire de mode. Ici, une vitrine au Caire. Amelie Losier

Chérif Choubachy est un nostalgique de l’Egypte « morale et sans voile » de sa jeunesse, un pourfendeur de l’islamisme. Quand il a lancé sur sa page Facebook, mi-avril, son « Appel urgent à toutes les femmes d’Egypte à ôter le voile pour faire face à l’islam politique », le septuagénaire, écrivain et ancien journaliste du quotidien Al-Ahram, comptait bien créer un électrochoc dans une société où le voile est devenu synonyme de moralité.

« En 1923, une femme courageuse, Huda Sharawi, a eu le cran d’ôter le voile. Ça a été le début de la vraie libération de la femme égyptienne. C’était quatre ans après la révolution de 1919 contre l’occupation britannique, raconte-t-il depuis sa villa luxueuse de la banlieue du Caire. Quatre ans après la révolution de 2011, il est temps que les femmes qui ont été plongées dans une situation de semi-esclavage et de subjugation par cette société patriarcale se libèrent. Dans l’Egypte d’aujourd’hui, où 90 % des femmes sont voilées, c’est la décadence morale et l’hypocrisie. L’Egypte des faux dévots, des bigots et des cheikhs extrémistes. J’ai touché le nerf sensible. »

“Une insulte à l’Egypte”

L’appel a provoqué un tollé et relancé le débat sur le voile en Egypte. Il a valu à Chérif Choubachy des messages de soutien de jeunes filles « dévoilées », mais surtout beaucoup d’invectives et de menaces. Le magazine féminin Nisf Al-Dounia (« La moitié du monde ») l’a caricaturé grotesquement sous un article titré : « L’appel à ôter le voile est une insulte à l’Egypte ». Attisant la polémique, certains journaux ont modifié les propos de l’écrivain pour lui faire dire que « 90 % des femmes voilées sont des prostituées ». Il a été voué aux gémonies par de nombreux hommes de religion. « L’adjoint du cheikh d’Al-Azhar m’a traité de mécréant ; vingt plaintes ont été déposées contre moi pour désordre public et insulte à la religion », énumère-t-il. Il évoque un « terrorisme moral » et assure que « sept femmes sur dix rêvent d’ôter le voile et n’attendent qu’un encouragement pour le faire ».
Sur le compte Twitter de Cherif Choubachy : « Deuxième appel à la femme égyptienne et arabe : dépêche-toi d'enlever ton hijab, tu gagneras la cause du “déshabillage” contre l'islam politique »
Sarah Farah a été parmi celles qui lui ont apporté son soutien. Assise dans un café fréquenté par la jeunesse du Caire dans le quartier de Zamalek, ses cheveux de jais lâchés sur les épaules, la jeune femme de 27 ans raconte son double. Celui que l’on reconnaît sur la photo d’une vieille carte d’identité, avec ses grands yeux noirs pétillants en amande, un teint cuivré qui dit ses origines de Haute-Egypte et un voile noir serré sur l’ovale de son visage. Sarah Farah parle sans affect, comme si le combat mené était depuis longtemps derrière elle. Ce n’est pourtant qu’en mars qu’elle a retiré ce voile qui, pendant douze ans, l’a enveloppée de la tête aux pieds.
“Quatre ans après la révolution de 2011, il est temps que les femmes qui ont été plongées dans une situation de semi-esclavage et de subjugation par cette société patriarcale se libèrent”
A 15 ans, Sarah avait fait comme toutes les camarades de son école à Mohandessin, quartier cairote où réside la classe moyenne. « Je l’ai mis à cause des pressions des autres filles à l’école et des professeurs, explique-t-elle avec le recul. Il y a les clichés sociaux : “Tu seras une fille respectable”. Certains vous menacent de finir pendue par les cheveux le jour du Jugement dernier. » A cet âge-là, seul compte le regard des autres. « Les autres me disaient que ça m’allait bien. Mais ce n’était pas moi. J’avais le sentiment qu’on voulait me rendre “normale”, comme s’il me manquait quelque chose que le voile allait m’apporter. J’ai essayé de le retirer plusieurs fois. » Sa famille l’en empêche. Gentiment d’abord, puis, face à son obstination, plus fermement. « Ils me punissaient et me menaçaient de recourir à la violence physique. Je n’avais pas de réponse à leur opposer ni la force de faire face à cette pression, donc je cédais. »
A la faculté de commerce de l’université du Caire, la pression des autres étudiantes est devenue plus forte encore. A l’âge où il faut penser mariage, le voile garantit la respectabilité de la future épousée. Il y a un an, Sarah a commencé à affûter ses arguments. « J’ai beaucoup lu, écouté les opinions d’hommes de religion pour essayer de comprendre si c’est une affaire de choix ou d’obligation », dit-elle. Et de trancher : « Il n’y a pas de texte dans le Coran qui dit que je dois me couvrir la tête. » Elle a perdu quelques proches, comme sa tante, qui refuse de la revoir, elle et ses neveux.



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Zeinab Sabet, 31 ans, célibataire,  qui travaille dans une ONG consacrée à la lutte contre le harcèlement sexuel en Égypte, assume son choix de ne pas porter le voile.
Zeinab Sabet, 31 ans, célibataire, qui travaille dans une ONG consacrée à la lutte contre le harcèlement sexuel en Égypte, assume son choix de ne pas porter le voile. Amelie Losier
Puis il a fallu passer à l’acte, une étape douloureuse. « Je me suis sentie comme quelqu’un qui se découvre un nouveau membre. Au début, on se sent faible, quelque chose manque. C’est là que le soutien des gens est important. » Un soutien qu’elle a trouvé sur Facebook, auprès du groupe Le voile n’est pas une obligation. Dans ce groupe – une infime minorité – qui s’est étoffé après la révolution de 2011, elle s’est fait des amies et quelques amis avec lesquels elle partage ses doutes et cultive, au travers des vieux films, la nostalgie de l’Egypte des années 1960 où « on pouvait porter des robes et être une “lady” ».

L’obsession du contrôle des femmes

La révolution a amené des femmes à ouvrir le débat sur les réseaux sociaux et dans leurs familles. « Il y a une tendance croissante chez les jeunes Egyptiennes à se dévoiler, note Dalia Abdel Hamid, responsable des questions de genre à l’Initiative égyptienne pour les droits personnels. La révolution a permis de questionner les idées reçues et de démocratiser le féminisme. » Si la question du choix du port du voile se pose évidemment pour de nombreuses femmes discriminées et violentées, d’autres dynamiques entrent néanmoins en compte : politique, sociale, identitaire et même… la mode. Or, regrette Dalia Abdel Hamid, le débat est miné entre les extrémistes qui monopolisent le discours religieux et les féministes au discours orientaliste. « Il y a une obsession du contrôle des femmes, de leur corps, que ce soit par le mari, la famille, la société, la nation. Chérif Choubachy aussi impose sa vision de ce que doit être la femme égyptienne », estime la chercheuse.



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En 2013, l'Egyptienne Mayam Mahmoud, étudiante et rappeuse de 20 ans, est arrivée en demi-finale de "Arabs Got Talent", équivalent de "La France a un incroyable talent". Elle affirme son choix de porter le voile.
En 2013, l'Egyptienne Mayam Mahmoud, étudiante et rappeuse de 20 ans, est arrivée en demi-finale de "Arabs Got Talent", équivalent de "La France a un incroyable talent". Elle affirme son choix de porter le voile. YouTube/Arabs Got Talent
La rappeuse Mayam Mahmoud, dont un voile coloré entoure le visage, revendique le droit de chacune de faire ce choix pour elle-même. La jeune femme de 20 ans, par ailleurs étudiante en économie et « mannequin voilé », a tranché, toute jeune, en 2007, contre l’avis de ses parents. « Porter le voile m’apporte une sorte de salut, mais ça ne me dérange pas de le retirer s’il le faut même si je n’ai jamais eu à le faire. J’agis en fonction de ma personnalité et je parviens toujours à faire ce que je veux. » Quand, en 2013, elle a vu les vidéos de sa prestation à « Arabs’ Got Talent », la version libanaise de Star Academy, circuler sur Internet sous le titre « La première rappeuse voilée », elle s’est sentie blessée d’avoir été réduite à ce cliché.